« Déconstruire le mythe autour du Franc CFA »

À la sortie de la seconde guerre mondiale, l’ex empire coloniale française sur inspiration du système d’asservissement mis en place par l’Allemagne sous l’occupation met en place la monnaie des colonies françaises d’Afrique.

L’objectif visé était d’avoir la main mise sur les gigantesques matières 1ères que regorge le continent à un coût défiant toute concurrence. 50 ans après, plus de 16 pays africains continuent d’utiliser cette monnaie, malgré un changement symbolique de nom, désormais Communauté financière d’Afrique; les principes et les règles sont resté quasiment les mêmes.

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Voici quelques une de ces règles :

  • Le principe de parité fixe : Le Fcfa est arrimé à l’euro avec un taux de change fixe 1€ = 655,555 Fcfa pour garantir la convertibilité et stabiliser l’inflation.
  • 50% des réserves de changes sont déposé sur des comptes dits d’opérations comme garantie au trésor français.
  • Les billets/monnaies sont fabriqués en France.

Un euro fort = un Franc CFA fort; et agit comme une sorte de subvention sur les importations et une taxe sur les exportations, ce qui implique des balances commerciales toujours déficitaires.

L’économiste et ancien ministre togolais chargé de la prospective et de l’évaluation des politiques publiques et ancien directeur de la francophonie numérique Mr Kako Nubukpo estime qu’il s’agit ni plus ni moins d’une servitude volontaire; parce que les leviers économiques censé interagir avec la monnaie et booster l’économie des pays de la zone francs, 50 ans après les indépendances sont resté des variables négligeables.

Le ratio PIB/crédit reste le plus faible au monde, le crédit restant limité sur injonction des banques centrales, les prêts accordés sont pour la plupart destinés à la consommation de biens et services importés et non à un investissement conséquent pour l’activité économique.

Pour illustrer ces propos : Les États ne sont pas autorisé à emprunter de l’argent auprès des banques centrales pour financer leurs économies et sont obligés d’émettre des bons du trésor sur les marchés financiers à taux réduit (voir à 6%). Les banques commerciales ordinaires rachètent ces bons pour emprunter aux particuliers (crédit à la consommation) à 12% minimum pour ensuite se faire la marge d’intermédiation.

Un autre phénomène observé et non le moindre, le faible niveau des échanges intracommunautaires dans la zone francs. Nos économies sont équivalentes et nous produisons presque tous les mêmes biens, le taux des échanges ne dépasse pas 15% alors que la zone euro on oscille vers les 60%. C’est sujet à débat, mais les politiques anti-inflationnistes ne sont pas non plus une garantie de développement économique.

Le sociologue Marcel Mauss a démontré que la monnaie était un fait social total, elle englobe une dimension sociologique, anthropologique, culturel économique et même psychophysiologique. Ce qui nous enseigne que la monnaie doit être au plus près des populations.

Le mythe du Franc CFA est donc alimenté par une certaine élite africaine qui se plaît à ce statut quo, puisqu’il leur permet de jouir de tous les privilèges qu’offre le Fcfa en leur permettant d’acheter des appartements de luxe en Europe et voyager à leur guise, la majorité de la population rurale ne bénéficie aucunement du retour de la croissance à 6% scandée par les politiques.

L’aspect gouvernance de la monnaie donc de nos économies est aussi à revoir, l’historique avec le CFA nous a démontré que pour mener à bien une bonne politique monétaire, il faudrait des dirigeants consciencieux et aux faits des enjeux.

Un projet de monnaie commune d’ici l’horizon 2020 est en cours de gestation avec l’adhésion de pays comme le Nigeria et le Ghana, reste à savoir quels en seront les contours, ce qui est sûr, cette décennie à bel et bien permis de réveiller une conscience panafricaine longtemps endormie et de déconstruire le mythe autour de cette monnaie.

Mali : Adaptation à la guerre contre insurrectionnelle !

Le Mali n’en est pas à sa première rébellion et les Forces de Défense et de Sécurité (FDS) ont tiré une longue expérience dans cette guerre atypique.

Les rebellions des années 60,90 et de 2006 ont toutes obéit à la même approche opérationnelle, avec des insurgés fondus dans une masse qui leur est souvent acquise, pour mener des attaques fulgurantes contre les positions des FDS avant de s’évanouir dans la nature. Les attaques contre les garnisons des Forces de défense et de sécurité au petit matin, ainsi que les embuscades sont les autres armes qu’à toujours utilisé la guérilla.

Crise Malienne- Archives
Source : Maliactu.info

 

Il faut reconnaître que la nature du terrains’y prête. Les étendues désertiques, entrecoupées de vallées et de montagnes, sont un terrain idéal pour une guérilla. En réalité, elle peut s’en servir comme (lieu ?) pour cacher ses armes,  zones de repli et de ravitaillement, contrairement à une armée conventionnelle, qui elle est dans un schéma plus classique, le plus souvent dans un baraquement situé dans des zones urbaines. On peut donc distinguer dès lors d’un côté des forces mobiles, et de l’autre des forces « stationnaires ».

L’objectif premier pour la guérilla est de semer le doute et le découragement chez les Forces de Défense et de Sécurité afin qu’ils finissent par ne plus opposer de grande résistance aux attaques à répétition. De plus, constatant une certaine connivence entre les populations locales et les insurgés, les FDS pourraient avoir le réflexe malheureux de s’en prendre aux populations sans pouvoir faire de distinction. Cela aura plutôt tendance à   renforcer les liens avec guérilla.

A la différence des FDS, la guérilla n’a pas besoin d’avoir beaucoup de moyens militaires. En effet, un minimum suffit pour faire de gros dégâtssur le long terme ;  quelques motos, des AK47, des IED et quelques pick-up. Le dispositif est léger car se déplacer extrêmement vite et se fondre très rapidement dans la masse  est son principal atout. Dans la masse, elle peut observer les mouvements des FDS et ainsi planifier ses activités. Elle est ainsi informée des déplacements des FDS, des trajets que prennent les convois, et peut alors plus aisément tendre des embuscades – le mode opératoire par excellence lors des insurrections.

Le nerf de la guerre n’est donc pas au niveau de l’armement, du nombre d’hélicoptères, de chars, mais au niveau du contrôle de la population et, du renseignement.

Le premier objectif pour les FDS est de contrôler la population et de couper les liens entre elle et la guérilla. L’armée doit opérer une mue et devenir également une  force de police dont le premier axe d’intervention serait des actions à caractère civile, avec un usage modéré de la force.

Dans la pratique il s’agit de démontrer à la population qu’ils ont un intérêt à voir la rébellion vaincue, et que les FDS sont les mieux placées pour assurer leur protection sur l’ensemble du territoire.

Dans cette action, la propagande joue un rôle majeur, pour être pratique, dans une zone acquise à la rébellion, il s’agit pour les FDS de l’investir avec des unités en petit nombre équipées et spécialisées, de fournir à la population des vivres, des médicaments, et autres services sociaux, ce que l’on appelle des actions civilo-militaires.

Dans un second temps il est important de quadriller la zone et d’assurer un service de sécurité convenable, tout en menant des enquêtes et des interrogatoires pour dénicher d’éventuels complices. Ainsi par ces actions combinées, on met d’abord la guérilla en insécurité et, on gagne le cœur et l’esprit des populations.

Dans ce type de guerre, le renseignement joue un rôle primordial.  Les actions civilo-militaires permettent donc d’infiltrer le réseau de renseignement de l’ennemi et de l’isoler.

En occupant ce terrain on le pousse à sortir de sa cachette pour se réapprovisionner en vivres, en eau, en armes, en carburant, ce qui le met de toute évidence en danger. Cette première étape, si elle est bien menée, permet de préparer la seconde phase qui consiste   à’aller chercher l’ennemi dans sa cache.

Pour cela on fera appelle comme mentionné ci-dessus à des unités spéciales dont la première qualité devra être la mobilité et l’autonomie d’action.Il faudra donc être capable de se passer d’une chaine logistique bien trop contraignante.

C’est un travail de longue haleine mais la combinaison d’actions civilo-militaires, du travail de renseignement au plus près des populations (acquises parfois à la cause des insurgés) et, la mise en place de cellules composées d’unités légères capables de patrouiller en toute autonomie dans l’espace géographique acquis à l’insurrection, permettra de lutter convenablement contre ces mouvements. Il est égalementimportant de quadriller le territoire, en zone militaire, où l’on peut contrôler les mouvements de population entre les différentes villes et, établir un couvre-feu en cas de nécessité.

Proposer également des mesures d’amnistie pour les insurgés qui voudraient quitter les rangs des groupes et, garantir leur sécurité est un bon moyen de pression, à condition que cela soit combiné avec les mesures citées ci-dessus.

Car des insurgés traquéssont fragiles et en insécurité et, leur socle idéologique s’affaiblit. Par conséquent, ils sont alors plus enclins à céder aux sirènes de l’amnistie. L’amnistie est une arme redoutable face à des insurgés en perte de vitesse et coupés de leurs bases. Une fois qu’ils changent de bord, ils deviennent des sources importantes de renseignement pour continuer à traquer et anéantir le noyau dur de l’insurrection.

Dans les actions civilo-militaires, il faut prendre garde à la torture et aux mesures de rétorsion contre les populations civiles, qui vont renforcer la propagande des insurgés et leurs liens et, mettre en insécurité les Forces gouvernementales.

En résumé, la force qui gagne la population, gagne la guerre. Pour ce faire, les forces gouvernementales doivent mener des actions humanitaires et sécuritaires, pour mettre la population de son côté et couper l’insurrection de ses bases.

Il est important de prendre garde aux interrogatoires comprenant la torture et autres méthodes de rétorsions et, à la manipulation des conflits communautaires, qui sont de nature à déplacer le problème et non à y apporter une solution.

Les FDS doivent mettre en place des unités ayant pour caractéristiques  la mobilité et l’autonomie, et capables d’investir les zones géographiques détenues par l’insurrection et d’y mener des actions contre des cibles bien déterminées.

Enfin dans chaque zone nettoyée, le Gouvernement a l’obligation de rétablir, une administration, juste, et efficace qui répondra aux besoins des populations, de telle sorte qu’elles se sentent en sécurité et ne ressentent plus le besoin de soutenir les insurgés. Elles auront plus à gagner avec l’État que sans l’État.